La Fed baisse son taux principal de 0,50 point

Le consensus pariait sur une baisse de taux d'un quart de point. Le consensus s'est trompé. Ce soir, la Réserve Fédérale a baissé son principal taux directeur de 0,50 point passant ainsi de 5,25% à 4,75%.
Les indices américains ont très bien accueilli la nouvelle puisque le Dow Jones est en hausse de 2,46% et le Nasdaq de 2,53% ce soir à 22h. Autre conséquence de cette annonce, l'euro a atteint un plus haut historique à 1,3981 $. Autre record historique pour le baril de pétrole à 82,18 $.
Pour ceux qui comme moi aiment aller à la source de l'information, voici le communiqué de la Réserve Fédérale américaine. L'inflation reste une préoccupation de la Fed mais le récents évènements sur les marchés financiers ont augmenté les incertitudes sur les perspectives économiques.
Rappelons que le mandat de la Fed comprend un objectif de stabilité des prix, un objectif de plein emploi et l'obligation de faciliter la croissance économique. De son côté, la BCE a pour principal objectif la stabilité des prix. Une différence de mandat qui explique le comportement différent des deux banques centrales. En conséquence, rien ne sert de critiquer les décisions de la BCE comme le fait Nicolas Sarkozy si on ne remet pas en cause les objectifs fixés à la BCE. Mais les européens et notamment les allemands sont-ils prêts à changer l'esprit de la mission de la BCE ?
En attendant, il est certain que cette décision de la Fed va sans doute ranimer le débat sur les décisions de la BCE.
Injecter des liquidités, ça veut dire quoi ?

Dans un excellent article, Pascal Riché du site Rue89 nous explique ce que signifie concrètement "la BCE a injecté des liquidités". Utile si l'on cherche à comprendre les dernières actions des banques centrales (voir aussi ma blog note : Coup de tonnerre sur les marchés financiers. Les banques centrales à la rescousse).
Coup de tonnerre sur les marchés financiers. Les banques centrales à la rescousse.

En ce moment, les marchés financiers se comportent comme la météo : un jour, il fait beau ; ensuite, on a un sale temps pendant au moins 5 jours...
Avec la crise du subprime, les investisseurs connaissent aujourd'hui une telle aversion au risque que la liquidité de certains marchés du crédit est menacé, même si ces marchés sont sans rapport avec le crédit immobilier américain.
Pour calmer le jeu, les banques centrales ont donc injectées des quantités très importantes de liquidités dans le circuit financier. Ainsi le 9 aout, la BCE a injecté 94,8 milliards d'euros sur le marché monétaire, un montant record dans l'histoire de la BCE. Le précédent record s'était établi à 69,3 milliards d'euros le 12 septembre 2001 (le lendemain du 11 septembre). Aujourd'hui, vendredi 10 août, la BCE a servi 61,05 milliards d'euros. De son côté, la Fed a injecté 24 milliards de dollars jeudi et 35 milliards vendredi. La BoJ, la banque du Japon, a elle injecté 6,25 milliards d'euros. Je sors ma calculette... Cela fait un total de 205 milliards d'euros ! On a aussi observé une action de la Banque d'Angleterre (BoE) et des banquiers centraux de Suisse, d'Australie, de Norvège et du Canada. Il s'agit donc bien d'une action concertée des différents banquiers centraux.
Dans un premier temps, le marché a accueilli froidement ces nouvelles, en témoigne la baisse de 3,13% du CAC ce vendredi 10 août. En effet, les financiers se sont sans doute dits que si les banques centrales interviennent c'est que la crise est très sérieuse.
Espérons tout de même qu'à terme les interventions des banques centrales permettent au calme de revenir sur les marchés financiers.
Alors, à quand l'éclaircie ?
La Fed ne touche pas à son taux

Ben Bernanke, Président de la Réserve Fédérale
Dans un communiqué daté du 7 août (merci de prononcer "ou" pour faire plaisir au CSA), la Fed, la banque centrale américaine, indique maintenir son taux d'intérêt inchangé à 5,25%.
La décision était très suivie par les investisseurs qui attendaient en réalité plus les propos contenus dans le communiqué que la décision elle-même. Dans celui-ci, la Fed prend acte de "la volatilité du marché de ces dernières semaines et des conditions de crédit plus compliquées pour les ménages et les entreprises". Néanmoins, l'économie américaine semble soutenue par la croissance de l'emploi et par une croissance mondiale élevée. Le communiqué ajoute qu'une modération durable des pressions inflationnistes reste encore à être démontrée. Du coup, pas de baisse de taux. En même temps, Ben Bernanke et ses collègues n'avaient guère le choix : en procédant à une baisse de taux, ils auraient envoyé le signal que la crise est plus grave que prévue.

